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A trop parler personne n’écoute : notre avis
Avec le festival “Girl girl girl” qui a lieu au mois de mars dans divers théâtres d’Avignon dont celui de l’Oulle, nous en profitons pour aller voir la pièce “A trop parler personne n’écoute” le 22 mars. Nous sommes normalement au printemps mais dehors c’est le déluge, il pleut des cordes, l’orage gronde et donne à la représentation une saveur spéciale. C’est le déluge également sur scène où une avalanche de mots fuse car plus on fait connaissance, et plus les langues se délient. Oui j’ai bien écrit “les langues” au pluriel alors que c’est un “seul en scène” mais voyez-vous la comédienne n’est pas venue seule.
Contre toute attente, l'artiste Giovanna, une belle italienne aux cheveux blonds adroitement tressés, un manteau et des bottes rouges vifs, semble habitée par deux autres personnalités. Une sorte de schizophrénie habilement travaillée qui nous fait passer d’un extrême à un autre. D’un côté nous avons Léna, une jeune fille muette qui rêve de devenir mime comme son idole “Marcel”, et de l’autre nous avons Jojo, une vieille dame acariâtre d’un certain âge, déjà en place avant Giovanna et qui, elle, rêve de faire du théâtre classique. Du “grand” théâtre classique. Giovanna entre les deux, aspire juste à faire le festival d’Avignon, elle ne veut pas regretter son soleil d’Italie !
Giovanna monte donc sur scène pour nous montrer un aperçu de ses talents, c’est une grande première mais les deux autres personnalités n’ont pas dit leur dernier mot et vont s’échanger la parole à tour de rôle pour briller sous les feux de la rampe. Rappelons-le : c’est “une colocation forcée” pour la belle italienne. Les attitudes sont très marquées, nous aidant ainsi à garder le fil et ne pas nous embrouiller : lorsque c’est l’enfant qui prend place, la comédienne joue de façon dynamique, vive, tourbillonnante, alors que quand c’est la vieille personne, elle se plie en deux pour signifier son mal de dos. La petite fille muette ne s’exprime que par le mime ce qui permet de mettre en lumière les talents de l’artiste qui donne à voir ce qui n’existe pas : elle monte une échelle invisible, enjambe une fenêtre, etc. Elle nous prouve que le silence, lui aussi, peut être beau et mérite qu’on lui accorde de l’intérêt.
On cherche l’équilibre en passant de Giovanna à Jojo, de Jojo à Lena, de Lena à Giovanna … c’est le jeu du chat et de la souris. On passe de l’une à l’autre, d’un extrême à un autre, du rire au malaise, de l’enfant à l’ancêtre sans surprise. Mais les voilà face à des problèmes de la vie quotidienne : comment avoir une vie sentimentale quand on est trois dans le même corps ? Comment mener une carrière lorsque les trois aspirent à une expression scénique différente ? Trois univers cohabitent, mais les liens entre eux manquent parfois de fluidité. Cette pièce possède un réel potentiel avec de belles idées, même si certains thèmes sérieux mériteraient d’être davantage approfondis. Une mise en forme retravaillée offrirait plus de surprises et permettrait d'aborder ces sujets tout en conservant la légèreté du propos.
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